Substituer des territoires à des acteurs, ou plutôt compartimenter les acteurs par zones territoriales selon tel ou tel critère discriminant, est plus que tentant pour lire le monde social, dans la mesure où la démarche a le mérite de la clarté et de la lisibilité. « Intériorisé[e] dans des schèmes de perception » (Ripoll, 2012, p. 121), cette « mise en espace du social » semble, à l’exemple du stigmate « banlieusard », avoir connu une diffusion du sommet à la base de la pyramide sociale, des stigmatiseurs aux stigmatisés, selon des modalités et des rythmes qui demeurent à étudier dans une perspective historique((L’enjeu est celui d’une « histoire contextualisée de la production, de la réception et de la perception des stigmates » (Plumauzille et Rossigneux-Méheust, 2014, p. 218))). En définitive, on peut se demander si la représentation du social exprimée dans les « deux France » de Kery James ne relève pas de cette tendance à spatialiser rigidement les antagonismes sociaux dont témoignent même les sciences sociales (Ripoll et Rivière, 2007 ; Rivière, 2013 ; Delpirou, 2017). à une « banlieue » abstraite et essentialisée, toponyme « vague susceptible de s’appliquer à tout secteur enclavé et à toute population qui s’écarterait de la norme » (Vieillard-Baron, 2006). "Banlieusard et fier de l’être" : Kery James, ou le retournement "à vif" du stigmate spatio-symbolique, - École normale supérieure de Paris (ENS Ulm), ((Jouée au Théâtre du Rond-Point entre le 10 et le 28 janvier 2017, la pièce a été reconduite du 12 septembre au 1er octobre de la même année, en raison de son succès. Description. Comme le soulignait Pierre Bourdieu dans les Méditations pascaliennes (Bourdieu, 1997, p. 204), la première des violences symboliques n’est-elle pas alors cette « adhésion que le dominé ne peut manquer d’accorder au dominant (donc à la domination) lorsqu’il ne dispose pour le penser et pour se penser […] que d’instruments de connaissance qu’il a en commun avec lui » ? 3:10. Tribune de Kery James dans le journal Le Monde : Par l’auteur du présent article, sur le même sujet : Élias BURGEL Identifiez-vous ou inscrivez-vous … Kery James - Banlieusards; Face B Face B 2 Kery James - Banlieusards (17,99/20) Upload le 24 August 2009 By @Reurti H-g22135 beats / 818 followers S'abonner / Follow. German, German, English, English, Spanish, Spanish, French - Audio Description, French … La thématique de l’agôn est la suivante : « L’État est-il le seul responsable dans la situation actuelle des banlieues en France ? Tony. 2005. 2. Aller à la navigation, « Parce que moi je suis noir, musulman, banlieusard et fier de l’être, Pour une géographie sociale de plain-pied avec les sciences sociales, De l’effroi technique à la peur des banlieues, Pour en finir avec le mythe des “cités-ghettos”. 12327. )), ((Comme le souligne Jérémy Robine : « La moitié des Français vivent [selon les statistiques de l’Insee] en banlieue. Clip disponible. Kery James-Banlieusard LIVE exclu. C’est le premier film écrit et co-réalisé par le rappeur. le live de "banlieusards" extrait du dvd disponible dans l'edition limitee de reel est a voir ici L’auteur pense au cas des sociétés diasporiques, dont la patrie d’origine peut parfois devenir un référent identitaire dénué de matérialité, par exemple lorsque les mobilités entre la patrie d’accueil et celle-ci s’amenuisent au fil des générations. Les vidéos et les replay - Banlieusards sur France 3 - voir et revoir toutes les émissions et programmes de france-3 sur france.tv il y a 13 ans | 2.4K vues. Source : Le Monde, 20 janvier 2015. […] )), ((Cette France « blanche », que le rappeur apostrophe dans la, ((Ou « fleury », selon certaines transcriptions, qui veulent voir une syllepse de sens entre le verbe « fleurir » et le toponyme Fleury, en référence à la commune de Fleury-Mérogis dans l’Essonne (91), réputée pour accueillir le plus grand centre pénitentiaire de France, et même d’Europe. En retournant cette identité-stigmate à des fins militantes, le rappeur « fabriqu[e] un mythe mobilisateur renforçant l’image (fausse ?) Le mélancolique. Paroles de la chanson Banlieusards par Kery James officiel. 5:37. Dans "Banlieusards", Kery James affiche une banlieue plus humaine. Article dans une revue étudiante, qui reprend en substance l’argumentation de la précédente communication : Burgel, Élias. Alix Mathurin, dit Kery James, est un rappeur français, également réalisateur, scénariste et acteur, né le 28 décembre 1977 aux Abymes en Guadeloupe.Il est considéré par la presse spécialisée et le public comme une figure de proue du rap politique.Son œuvre évoque la vie en banlieue et les inégalités dans la France actuelle. Elle s’accompagne de nombreux « effets de réel », qui s’appuient sur la figure du « lâcher de noms » (, ((Ne serait-ce que parce que les catégorisations raciales et religieuses demeurent omniprésentes dans les textes de Kery James. En effet, si la dimension foncièrement militante du retournement du stigmate spatio-symbolique par Kery James ne saurait faire de doute((Ce « renversement positif des identités infâmantes », qui permet de « valoriser l’identité à l’origine de l’exclusion [pour] donner un contenu positif à cette spécificité », tout en favorisant la mobilisation et la formation d’une conscience de groupe (Roussel 1995), a été particulièrement bien analysé pour le mouvement LGBT (Broqua 2006). La Lettre à la République (2012), manifeste de rupture franche avec la vie politique française((Dans ce morceau, comme dans la pièce À Vif, le rappeur revient notamment sur le caractère stigmatisant des discours médiatico-politiques : « De vrais voyous en costard, bande d’hypocrites ! Ahmed Sparrow a des reproches à faire à Kery James - Clique - CANAL+. … Selon Loïc Wacquant, l’usage du terme « ghetto » pour décrire la situation des zones urbaines françaises les plus défavorisées depuis les années 1980 mêle ainsi « confusion conceptuelle et amnésie historique », puisqu’il conduit à mettre sur le même plan les résultats d'une « ségrégation involontaire », résultant en premier lieu d’inégalités économiques et de solidarités migratoires, et ceux d’une « ségrégation [raciale] volontaire » caractéristique du ghetto dans son acception restreinte (Wacquant, 2005, p.16-17). Source de l'illustration : Dmdstyle, sous licence CC Attribution 3.0. Clique TV. ️ youtu.be/VsGkZEC2cVs. Kery James - Banlieusards (version longue) Romain. 4:36. Clique TV. Nouveau clip disponible. Banlieusards; Théâtre; A.C.E.S; Albums; Shop; Feat. Kery James olympia-28 décembre 77. oussou75. Dans son œuvre, le rappeur Kery James retrouve, en l’inversant, la logique binaire des discours politico-médiatiques lorsqu’ils se laissent aller à la facilité de la stigmatisation socio-territoriale (Wacquant, 1992 ; Gintrac et Mekdjian, 2014). À cet égard, le séminaire d’élèves « La Plume et le Bitume », organisé à l’ENS Ulm depuis janvier 2015, peut paraître emblématique des deux modes d’appropriation.)). Written and co-directed by Kery James… Banlieusards. )), et une France délaissée, dite « banlieusarde », à laquelle le rappeur s’identifie toujours. À cet égard, le rap mérite sans conteste d’être pris au sérieux par les sciences sociales, en particulier la géographie, du fait de la prégnance des représentations territoriales qu’il véhicule : comme le souligne en effet Séverin Guillard, le genre même du rap est indissociable de « revendications spatiales » (Guillard, 2017), qui permettent à l’artiste de remplir un impératif d’authenticité et de représentativité (Béru, 2008). Genres. Une bagarre, un coup de feu, un drame. La pièce « À vif » du rappeur Kery James, représentée au théâtre du Rond-Point à Paris, invite à une réflexion géographique sur l’emploi récurrent, dans les textes de l'auteur, de l’épithète « banlieusard ». Vidéos à découvrir. Cette ligne de rupture tend à recouper systématiquement des fractures économiques, mais aussi parfois, non sans ambiguïtés, des fractures religieuses voire raciales((Ne serait-ce que parce que les catégorisations raciales et religieuses demeurent omniprésentes dans les textes de Kery James. 2008. Blanchard, Pascal, Bancel, Nicolas et Lemaire, Sandrine. Les différences entre la France et les États-Unis, Les deux visages du ghetto. Comme Cécile Gintrac et Sarah Mekdjian lorsqu’elles critiquent les œuvres de certains géographes médiatiques, on peut parfois se demander si ce n’est pas «, ((Les démarches du géographe Hervé Vieillard-Baron et du sociologue Loïc Wacquant, conduites depuis plusieurs décennies dans leurs champs disciplinaires respectifs, peuvent être mise sur le même plan. « Ni race ni racisme. Cependant, lorsqu’on parle des “banlieues”, ce ne sont pas eux que l’on évoque […]. Il arrive en France au milieu des années 1980 et grandit à Orly, dans le Val-de-Marne (94). ». Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur notre site. Analyse critique d’un discours dominant sur le vote et l’urbain, Attention, un espace peut en cacher un autre, La construction médiatique des banlieues. Signaler. )), semble en l'occurrence opposer frontalement une France « banlieusarde », métissée d’« Arabes et de Noirs » et « musulmane », à une France « blanche », « islamophobe […] sous couvert de laïcité » plutôt que dotée d’une confession propre((Cette France « blanche », que le rappeur apostrophe dans la Lettre à la République, est présentée comme « raciste » parce qu’héritière non repentie du colonialisme, comme le montre l’extrait suivant : « Ce passé colonial c’est le vôtre / C’est vous qui avez choisi de lier votre histoire à la nôtre / Maintenant vous devez assumer / L’odeur du sang vous poursuit même si vous vous parfumez ». », p. 132-133, Tissot, Sylvie et Poupeau, Franck. J’ai grandi à Orly dans les favelas de France, Dès le début des années 2000, Jacqueline Costa-Lascoux notait : « La référence topographique se surajoute, aujourd’hui, à la catégorie ethnique. Autrement dit, l’analyse s’éloigne en partie de l’orthodoxie goffmanienne, qui pense principalement la stigmatisation dans le cadre des interactions directes entre individus (Plumauzille et Rossigneux-Méheust, 2014), pour mener à bien celle d’une « représentation » sociale, « oblig[eant] à penser la construction des identités, des hiérarchies et des classements comme le résultat de "luttes de représentations" » (Chartier, 2013). La construction de ce référent spatial stéréotypé passe notamment par l’emploi de mots-stigmates, porteurs de connotations fortes comme « ghetto » ou « favela » (Wacquant, 1992 ; Vieillard-Baron, 1994)((Les démarches du géographe Hervé Vieillard-Baron et du sociologue Loïc Wacquant, conduites depuis plusieurs décennies dans leurs champs disciplinaires respectifs, peuvent être mise sur le même plan. )), ((L’enjeu est celui d’une « histoire contextualisée de la production, de la réception et de la perception des stigmates » (Plumauzille et Rossigneux-Méheust, 2014, p. 218))), ((Ce « renversement positif des identités infâmantes », qui permet de « valoriser l’identité à l’origine de l’exclusion [pour] donner un contenu positif à cette spécificité », tout en favorisant la mobilisation et la formation d’une conscience de groupe (Roussel 1995), a été particulièrement bien analysé pour le mouvement LGBT (Broqua 2006). Incontestablement, l’œuvre de Kery James mériterait, pour compléter le propos, d’être analysée à l’aune de la « fracture coloniale » française (Blanchard et al., 2006 ; Béru, 2008).)). On n'est pas condamné à l'échec, voilà l'chant des combattants Banlieusard et fier de l'être, j'ai écrit l'hymne des battants Ceux qui n'font pas toujours ce qu'on attend d'eux Qui n'disent pas toujours c'que l'on veut entendre … Aller au contenu. Pour Cyprien Avenel, il est plus structurellement problématique que les « politiques de la ville », pensées originellement comme « un levier pour rendre plus efficaces les politiques publiques dites de "droit commun" (emploi, éducation, santé, sécurité, logement) », aient finalement eu tendance, au fil des décennies, à se substituer à ces dernières (Avenel, 2013, p. 6), au risque du déclassement des populations concernées. Kery James-Banlieusard LIVE exclu. Le rap s’invite, pour l’occasion, dans l’un des plus prestigieux théâtres de Paris, à deux pas des Champs-Élysées, et confirme ainsi un peu plus sa trajectoire de légitimation((La trajectoire de légitimation du rap, c’est-à-dire l’appropriation de cette production culturelle, originellement peu légitime, par les élites culturelles, se fait à deux niveaux. KERY JAMES - Banlieusards… 2011 [2e édition]. Kery James - Banlieusards lyrics. 2003. (Apprendre, Comprendre, Entreprendre, Servir) dont le slogan « Banlieusards, on n’est pas condamnés à l’échec » a été repris dans la chanson « Banlieusards », qui lui sert de manifeste. 4:37. Demba, l’aîné, vit aux rythmes du trafic et de la rue. Les critiques des discours médiatiques, inspirées des travaux de Patrick Champagne (Champagne, 2015 [1990]), mettent tout d’abord en évidence la production durable d’un « lieu commun journalistique » ou « banlieue du 20 heures » à partir d’une ethnologie du travail journalistique (Berthaut, 2008 ; Berthaut, 2013 ; Sedel, 2013 ; Sedel, 2014) ou d’une analyse de corpus documentaires médiatiques (Rivière et Tissot, 2007 ; Gaudin, 2015). Kery James Au Hangar 23 - Banlieusards. Vieillard-Baron, Hervé. L’ “affaire Benzema” remise en perspective, L’ethnicisation du lien social dans les banlieues françaises, L’élection, la carte et le territoire : le succès en trompe-l’œil de la géographie, L’identité : une médiation essentielle du rapport espace / société, Le “problème des banlieues” après la désillusion de la rénovation, L’espace politico-médiatique de la rénovation urbaine, Le peuple et la “France périphérique” : la géographie au service d’une version culturaliste et essentialisée des classes populaires, Le rap, miroir déformant des relations raciales dans les villes des États-Unis, "Getting the city on lock" : imaginaires géographiques et stratégies d’authentification dans le rap en France et aux États-Unis, L’intensification du stigmate des “banlieues” lors du processus pénal. Lecture hors ligne. Souvent rattachée au courant du « rap conscient », sa musique évoque les inégalités, les discriminations et les aspects multiformes de la violence sociale en général. Par Élias Burgel. (voir dans Wikimedia Commons). )), ((En nous inspirant de ce corpus théorique et empirique, nous avons tenté succinctement, dans une revue étudiante, de mettre en œuvre cette pensée critique pour analyser la médiatisation particulièrement intense, et souvent stigmatisante à l’égard de « la banlieue », des suites des attentats parisiens de janvier 2015, en particulier la marche républicaine du 11 janvier (Burgel, 2016).)). Ainsi qu’invite à le faire l’auteur (Guillard, 2016, 2017), il conviendrait alors de compléter l’analyse de l’ « imaginaire géographique » de Kery James par celle de sa pratique des « scènes musicales » (ensembles de normes artistiques en vigueur dans un contexte social et dans un cadre spatial donnés), en étant notamment attentif à la spatialité de ses interventions artistiques. / Est-ce que les Français ont les dirigeants qu’ils méritent? [consulté en septembre 2017])). À suivre. Mix - Kery James - Banlieusards [Clip Officiel] YouTube Suprême NTM - Laisse pas traîner ton fils (Clip officiel) - Duration: 6:01. Les dissensions religieuses et raciales semblent quant à elles évacuées, puisque le rappeur dédicace son morceau Banlieusards à « [s]es babtous [verlan de « toubab », terme sénégalais pour désigner les « Blancs »], prolétaires et banlieusards », de même que Zyed et Bouna évoque « tous les pauvres […] mépris[és] » par les élites. Signaler. Faut être sensés. Le risque est toutefois grand de passer à côté des revendications identitaires qui se greffent sur la construction de ce stigmate spatio-symbolique, dans la mesure où toute construction identitaire oscille très largement, lorsqu’elle se cristallise (et donc prend racine), entre les deux pôles primordiaux de l’« assignation » et de la « reconnaissance », comme le rappelle Didier Fassin (Fassin, 2010)((Un troisième pôle étant celui de l’ « objectivation », dont il ne convient pas de parler dans un cadre aussi restreint. Construire un concept sociologique, Lutter contre les violences policières n’est pas que le combat des Noirs et des Arabes, La Banlieue : géosymbole de l’exclusion sociale et urbaine, "Banlieusard et fier de l’être" : Kery James, ou le retournement "à vif" du stigmate spatio-symbolique. Ce que racialiser veut dire », p. 147-172, Gintrac, Cécile et Mekdjian, Sarah. Le propos semble pouvoir aisément se transposer à la question qui nous intéresse. Jérémy Robine insiste, de son côté, moins sur les effets de différenciation juridique engendrés par les politiques de la ville que sur les ambiguïtés sémantiques des objectifs mêmes assignés à ces politiques, en affirmant que « l’unité des banlieues à problèmes n’existe […] qu’au travers de cette représentation qu’elles pos[ent] et de l’existence d’une politique publique dédiée à sa résolution » (Robine, 2013, p. 132 ; Robine, 2016). Ainsi, au cours de la représentation d’À Vif au Théâtre du Rond-Point, le spectateur assiste à la projection, en arrière-plan, de la photographie d’une barre d’immeuble grisâtre, anonyme, qui finit – comme pour mieux incarner l’angoisse – par s’enflammer. Le spectateur est invité, de manière fort séduisante (le jeu d’acteur étant, en particulier, très poignant, à mi-chemin des codes du théâtre et de ceux de la battle de rap), à osciller entre la thèse et l’antithèse, sans qu’un arbitrage n’ait véritablement lieu – sans, surtout, que les termes du débat ne soient analysés, que ce soit la notion d’ « État », confondue avec celle de dirigeants politiques, mais surtout l’expression « situation actuelle des banlieues en France », qui mêle considérations économiques, religieuses et raciales sur fond d’appartenance territoriale symbolique. Clique TV. De manière surprenante, malgré les précieux enseignements de tous les travaux portant sur la « production institutionnelle » (Plumauzille et Rossigneux-Méheust, 2014, p. 220) du stigmate spatio-symbolique « banlieusard », le processus de retournement du stigmate, théorisé par les travaux les plus emblématiques de l’interactionnisme symbolique (Goffman, 1975 [1963]), est – sauf exceptions notables (Lepoutre, 1997 ; Piolet, 2016) – très rarement évoqué, si bien que l’analyse peut, en un sens, sembler souvent assez misérabiliste (Grignon et Passeron, 2015 [1989]) dans sa description univoque d’une violence symbolique, certes indéniable, des institutions médiatiques et politiques. Audio. Woh !! Présentation de la pièce « À Vif » par le Théâtre du Rond-Point (Paris). La pièce, qui a également été représentée dans toute l’Île-de-France et dans le reste du pays, vient de connaître une édition chez Actes Sud (Kery James, 2017). Ravier, Thomas. )), est considérée comme le strict décalque de l’antithèse dominants / dominés, en vertu d’une « spatialisation » (Tissot et Poupeau, 2005) flagrante et étroitement binaire des antagonismes sociaux, que ceux-ci soient économiques, religieux ou même, parfois, raciaux. )), ((La plupart du temps, cette référence est indirecte puisqu’insinuée par le terme « banlieusard », dont la version extensive est le génitif « de banlieue ». Tony. L’association vise notamment à soutenir les jeunes « banlieusard… Par ailleurs, il tient à exprimer toute sa considération (et même, peut-être, son admiration) à l’égard de la démarche artistique et citoyenne de Kery James : s’accorder le temps et l’énergie d’une réflexion critique était, d’une certaine manière, le moyen de reconnaître le grand intérêt de son œuvre. ». double03. Comme le montre la devise « L’information par nous, pour tous », le projet vise à donner voix aux « banlieusards », cependant sans esprit de fermeture. « Booba, ou le démon des images ». Source : ((Un troisième pôle étant celui de l’ « objectivation », dont il ne convient pas de parler dans un cadre aussi restreint. Les banlieusards se reconnaissent en lui et savent qu'il les comprend en raison de ses origines sociales. Téléchargeable. 5:10. Bande annonce . Elle s’accompagne de nombreux « effets de réel », qui s’appuient sur la figure du « lâcher de noms » (name dropping), c’est-à-dire la mention de toponymes réels, généralement dépréciés symboliquement.)) ». Berthaut, Jérôme. feat. Son chemin croise celui de Lisa face à laquelle il débat sur la responsabilité de l’État dans la situation actuelle des banlieues lors de la finale d’un célèbre concours … Ce processus est bien connu puisque de nombreuses études, à mi-chemin de la sociologie critique et de la géographie sociale, insistent sur la construction du stigmate « banlieusard » comme identité assignée à distance, pour reprendre une expression prisée de la « socio-histoire » de Gérard Noiriel((S’inspirant de la sociologie de Norbert Élias, Gérard Noiriel s’intéresse aux « liens à distance » et aux « moyens d’action à distance » qui s’exercent entre les individus, par l’intermédiaire des médias ou des normes juridiques, par exemple. )), ((S’inspirant de la sociologie de Norbert Élias, Gérard Noiriel s’intéresse aux « liens à distance » et aux « moyens d’action à distance » qui s’exercent entre les individus, par l’intermédiaire des médias ou des normes juridiques, par exemple. Kery James incarne – comme pour mieux jouer son propre rôle – un transfuge de classe originaire d’Orly, Soulaymaan, qui défend paradoxalement la thèse selon laquelle « les citoyens sont responsables de leur condition », en érigeant sa réussite individuelle en modèle, tandis que Yannick Landrein figure le personnage de Yann, issu d'une famille aisée, qui semble vouloir racheter son enfance cossue en pointant du doigt les négligences coupables de l’État. 8:32. )), cette démarche n’en conduit pas moins à demeurer tributaire d’éléments de langage, qui sous-tendent une perception de la société jamais remise en cause. Courte video d'un "live" de kery james. Source : site officiel de l'auteur. Kery James - Rester en vie [Clip Officiel] - Full HD (BANLIEUSARDS… En dehors des effets propres au champ médiatique, certains analystes montrent que la fabrique de la « peur des banlieues » (Vieillard-Baron, 2000) s’inscrit dans une séquence historique ayant conduit, depuis les années 1970, à la « retraduction, en des catégories spatiales, de la question sociale » (Tissot et Poupeau, 2005, p. 7)((Pour prendre un exemple récent, on peut penser à l’interprétation spatialisante qui fut très rapidement employée pour expliquer les attentats parisiens de janvier 2015. Cependant, lorsqu’on parle des “banlieues”, ce ne sont pas eux que l’on évoque […]. Kery James le 31 mars 2013. Au milieu des années 2000, Joël Roman met déjà en avant l’existence de cette vision binaire chez ceux qu’il nomme, sans remettre en question cette appellation, « jeunes de banlieue » (Roman 2013 [2007]))), ((Les études sur les stigmatisations raciales montrent que les processus d’identification ne sont « ni symétriques, ni équivalents », dans la mesure où le « majoritaire (celui qui majore sa position) se pense [et réussit à être pensé] comme le référent universel et par rapport auquel s’ordonne la hiérarchie des Autres » (Poiret, 2011). J’ai fleuri((Ou « fleury », selon certaines transcriptions, qui veulent voir une syllepse de sens entre le verbe « fleurir » et le toponyme Fleury, en référence à la commune de Fleury-Mérogis dans l’Essonne (91), réputée pour accueillir le plus grand centre pénitentiaire de France, et même d’Europe.)) Tous deux s’attachent à critiquer les emplois flottants (et stigmatisants) des termes « banlieue », pour le premier, et « ghetto », pour le second, auxquels ils souhaitent conférer une définition conceptuelle rigoureuse pour les rendre opératoires en sciences sociales. June 13. | La diversité du vote des périurbains en 2012, Le mouvement homosexuel français face aux stratégies identitaires, La “banlieue” des journalistes : les dessous d’un lieu commun, Construire l’identité par la pratique des lieux, Penser l’espace comme dimension de la société. depuis le mois d’avril de la même année, témoigne de la prégnance des réappropriations du référent identitaire « banlieusard », en dépit (mais aussi en raison même) de sa dépréciation, comme « support spatial symbolique » d’une construction identitaire (Brun, 2016 [1983], p. 62-63)((Réfléchissant, au début des années 1980, au concept de « territorialisation » dans le cadre du séminaire de la rue d’Ulm de Marcel Roncayolo, éminent spécialiste de géographie urbaine, son élève Jacques Brun (Brun, 2016 [1983]) évoque la possibilité que certaines « représentations collectives » d’un territoire soient conduites à « acquérir assez de force pour s’affranchir, à la limite, de leur base matérielle », au point que le « support spatial symbolique » de ces représentations devienne « territoire imaginaire ». Bibliothèque. Kery y dénonce la volonté de monter une France contre une autre à des fins politiques. Dans son actualité artistique récente, le rappeur orlysien Kery James((Alix Mathurin, alias Kery James, est né en Guadeloupe en 1977, de parents haïtiens. prospectus publicitaire diffusé à l'occasion de la sortie de l'album « À l'ombre du show business » (2008) contenant la chanson « Banlieusards ». OrelSan! URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/actualites/eclairage/kery-james-banlieusard, Ressources de géographie pour les enseignants. D’une part, celles-ci n’hésitent plus à louer les qualités littéraires de certaines chansons, comme en témoignent par exemple les articles de l’essayiste Thomas Ravier sur le rappeur Booba publiés dans la, ((Pour Richard Hoggart (Hoggart, 1970 [1957]), cette vision duale du monde social est emblématique des classes populaires. Quelques remarques à propos du texte de M. Roncayolo », p. 61-66, Fassin, Didier. Autrement dit, il n’existe pas de représentation aussi claire que la carte géographique, « image [plane,] concrète [et] stabilisée » construite, mentalement ou matériellement, pour lire l’espace (Palsky, 2004), qui soit susceptible de donner à voir une société, notamment dans la fluidité de ses groupes sociaux. 3:11. / Au cœur de débats, des débats sans cœur / Toujours les mêmes qu’on pointe du doigt dans votre France de rancœur / En pleine crise économique, il faut un coupable […] / Vous nous traitez comme des moins que rien sur vos chaînes publiques / Et vous attendez de nous qu’on s’écrie “Vive la République!” ». DJ. Regarder en plein écran. La pièce met en scène la joute oratoire entre deux jeunes avocats, que tout oppose socialement, lors du concours d’éloquence de la Petite Conférence de l’École du barreau de Paris. Plumauzille, Clyde et Rossigneux-Méheust, Mathilde. Banlieusards Kery James. Leur petit frère Noumouké, 15 ans, cherche encore sa voie, et doit choisir auquel de ses deux grands frères il veut ressembler. Des terroristes potentiels, des assistés. Comme le souligne Guy Di Méo, « si la société se perçoit difficilement derrière les individus qui la composent, le territoire, lui, se cartographie et se borne » (Di Méo, 2002, p. 178). Team Kery James, on vous a réservé : - 2 places pour le show de Kery ce soir à Metz pour l’East Block Party Cité musicale-Metz. On n’est pas condamné à l’échec, voilà l’chant des combattants Banlieusard et fier de l’être, j’ai écrit l’hymne des battants Ceux qui n’font pas toujours ce qu’on attend d’eux Qui n’disent pas toujours c’que l’on veut entendre d’eux Parce que la vie est un … Des auteurs s’attachent ainsi à souligner le rôle primordial de l’État dans la fabrique d’un stigmate spatio-symbolique « banlieusard », en critiquant tout particulièrement les « politiques de la ville » (Kirzbaum et al., 2015), accusées de renforcer le « problème des banlieues » ou « crise des banlieues » (Stébé, 2010) plutôt que d’y apporter des solutions objectives. Néanmoins déclare qu'il … Recherche. (Noiriel, 2006.))). Pour Kery James, l’identité « banlieusarde », expérience sociale minoritaire, mise sur le même plan que la « condition noire » (Ndiaye, 2009) ou que la « condition musulmane », fait donc symboliquement frontière entre deux blocs sociaux antagonistes que toutes les caractéristiques sociales opposent par ailleurs au sein de la Nation. Le propos semble pouvoir aisément se transposer à la question qui nous intéresse.)).